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L’ange aux ailes coupées

Voilà ! Ça y est ! Ma plus grande nouvelle est postée. Si ce n’est pas la plus belle, c’est celle sur laquelle j’ai le plus travaillé. Le sujet étant délicat à traiter sans tomber dans l’inintéressant, j’ai du réécrire cette histoire environs 4 fois. Le résultat n’est pas parfait, mais je me suis dis qu’il faut mieux continuer mes autres projets que s’enliser toujours dans le même … Si vous finissez de tout lire vous aurez des bonbons !! Bonne lecture :

L’ange Aux Ailes Coupées

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À 3 heures 43 du matin, je me suis réveillée bouleversée à la suite d’un affreux cauchemar. Pourtant au début tout allait à merveille. Je volais tel un ange dans les nuages, enchaînant des pirouettes diverses et avariées. Quand je vis un avion au loin, maudite comme je suis, je ne résista pas une seule seconde à ma curiosité. Je m’approchais. A l’une des fenêtres il y avait Maël, qui me souriait. J’étais tellement contente de le voir, il m’avait manqué ! Je commençais à esquisser un sourire timide, quand l’avion explosa !
Assise sur mon lit, je tremble. Cela fait deux ans que je n’ai pas vu Maël. Puis tout d’un coup, il réapparaît dans mes songes pour mourir brusquement. J’ai une sensation atroce, un mauvais pré-sentiment. J’ai peur !

Je n’ai pas réussi à me rendormir, et c’est fatiguée que je pars au lycée. Le souci c’est que quand je suis fatiguée, je suis également insupportable. La journée a donc été affreuse. Heureusement on était jeudi, et le week-end n’allait pas tarder ! Je n’avais rien de particulier prévu, sûrement une belle glandouille ennuyeuse en perspective, mais pouvoir rêvasser dans son lit jusqu’à midi faisait toute la magie des week-ends. Dans le bus du retour je reçois un texto ma mère: «j’ai une surprise pour toi à la maison ;) » Impatiente je la supplie de ne pas faire durer le suspense plus longtemps. Vous pensez qu’elle allait coopérer ? Raté ! Je déteste les surprises! Je range mon portable, et pose ma tête contre la vitre. Je regarde sans voir le paysage qui défile monotone, avec toujours les mêmes virages, les mêmes arbres et les mêmes rues. Depuis 3 ans je fais toujours ce même trajet et j’espère toujours que quelque chose de nouveau se produira. Je ne sais pas, une sorte de miracle qui fera que tout change, que tout devienne violet ou rouge, que pousse des arc-en-ciel noir et jaune, que les arbres ne soient plus des simples sapins mais des arbres à nouilles … Histoire de rigoler un peu ! Je sais bien que l’endroit où je vis est magnifique, et que certains payent cher pour venir ici en vacances. Mais eux ils viennent pour les vacances, ils ne vivent pas ici. Être depuis des années toujours avec les mêmes personnes dans un bled paumé, à 17 ans, ça fini par énerver … Je veux voir du pays, voyager, voir des choses différentes !! C’est banal comme situation non ? On dirait une histoire typique d’ado paumé qui «se recherche» . C’est idiot et d’une originalité déplorable … J’ai presque envie de pleurer. Ça m’arrive trop souvent dernièrement, quand je pense au vide intersidéral de ma vie. Pas de projets, pas d’idées, pas d’avenir presque … Je m’ennuie à longueur de journée, en cours, chez moi. Je fais quoi de ma vie ? Je lis, j’écris, je rêve et j’espère ! Pas mal non ? On peut pas pousser le vice un peu plus loin ? Genre dire aussi que je me sens seule à mourir, d’une nullité effrayante et … STOP STOP STOP !!! Je respire un grand coup, ferme les yeux et les rouvre ! Ma conscience me gronde : se lamenter sur son sort n’a jamais fait avancer les choses. Le bus se gare à mon arrêt. Je me lève et suis les autres dehors. On est trois personnes à descendre à cet endroit, on se connaît depuis toujours. Pourtant je ne sens aucun lien avec eux. Je leur parle, leur souri, mais j’ai pas l’impression d’appartenir au même «monde». On ne s’intéresse pas aux mêmes choses, on n’a pas les mêmes idées … C’est grave docteur ? Machinalement je tourne au coin de la rue, après la graaaaaaande montée, et j’arrive devant ma maison. Elle est pas très très spacieuse, mais je l’adore! On l’a construite nous-même à notre image, et je me sens bien dedans. Je fais le tour et pousse la porte. Cette porte aussi je l’aime bien, la poignée est cassée et nous ne fermons jamais la maison à clé. Pourtant nous ne sommes jamais fait voler … Je me dis que ce morceau de bois est magique, les intrus ne peuvent pas la toucher.

-Maman ??!!
-Oui ? On est dans le salon.
-On ?
Curieuse, j’attrape une pomme, pose mon sac et rentre dans le salon. Maman n’est pas seule. Une personne est assise sur le canapé. Une personne qui ressemble énormément à … Maël ! Hein ?! Comment ? Il fait quoi là ?! Je rêve ? Un pincement me prouve que non. Bon … SOS cerveau, au secours, je fais quoi ? Heho ??? C’est le noir total. Mon cerveau semble s’être éteint quelques secondes, une sorte de bug psychologique.
-Tiens te voilà! Tu te souviens de Maël? sourit-elle.
- …
-Margot ? Ça va ?
-Ou-oui !
Je bafouille, je bégaye, c’est nul, c’est naze. Je cours me réfugier dans ma chambre. Mon pouls m’informe que je suis en état de choc ! Non mais vous voulez que je réagisse comment ? Je rencontre il y a deux ans un beau garçon venu pour les vacances, j’en tombe passionnément amoureuse. C’est l’amour fou pendant deux mois, puis il est parti. Il m’avait promis de donner des nouvelles. Il ne l’a jamais fait ! Je passe deux années entières avec un poignard dans la poitrine et dès que j’arrive enfin à m’en remettre, il revient avec son sourire d’ange. D’ailleurs Maël signifie ange en breton …
Non, décidément ça ne peut pas être vrai. Je suis sûrement filmée, le mec dans le salon est un grand comédien bien déguisé et on va tourner un film avec, en gros sur l’affiche, ma tête pathétique de quand je l’ai vu. Quelle disgrâce ! Bon, soit je vais dans le salon avec un grand sourire, disant que j’étais juste pressée d’aller aux toilettes et le film continue normalement; soit je prend le couteau dans la cuisine, je tue tout le monde et je deviens riche en prison car le film a du succès; soit je m’enterre six pieds sous terre pour ne plus jamais voir personne ! Étrangement la dernière idée me plaît bien et je commence à chercher quelle est la meilleure façon de creuser un trou (petite cuillère ou vieil os? ) lorsque je suis interrompue par des coups à ma porte. Euh … je fais quoi? La fenêtre? Ha oui c’est vrai, elle est devant un énorme cactus. D’ailleurs, rien qu’en pensant à la dernière fois où j’ai voulu sortir à l’insu de mes parents, j’ai mal aux fesses. J’avais passé des heures à retirer une à une toutes les épines ! Avec en prime la punition d’avoir abîmé LE cactus offert par mamie. Et moi alors ? Personne n’a puni le cactus pour m’avoir fait très mal ! Je suis peut être pas offerte par mamie, mais quand même !!
Plusieurs secondes d’hésitation et quelques coups à la porte plus tard, j’ouvre en espérant et en redoutant l’arrivée de Monsieur. Je me vois mal trouver une bonne excuse pour expliquer mon accueil très… euh… original ?
C’est maman finalement :
-Margot?
-Maman, il se passe quoi ?
- J’ai eu, par hasard, le contact de son père. Du coup, comme je sais que vous avez sympathisé, je l’ai invité, et il s’est jeté sur l’occasion.
Sympathiser ??!! INVITER ?!!
-C’est gentil d’avoir pensé à moi maman, mais mon ami, comme tu dis, est un con dont j’étais amoureuse qui m’a laissé tombé comme une chaussette malodorante!
-Là, ma puce, je ne sais pas quoi te dire. C’est lui qui a demandé à venir pour te faire une surprise. Je ne sais pas pourquoi il ne t’a jamais donné des nouvelles, mais tu devrais plutôt lui demander.
- …
- Et puis son geste a été noble quand même ! Faire des kilomètres pour te voir, tout le monde ne fait pas ça.
- …
- Non ? J’ai tort ?
- Non …
Je fais quoi moi? J’ai pas envie qu’il parte, mais s’il reste, je sens que je vais retomber amoureuse ou le tuer! J’évite le regard persistant de maman et regarde partout dans ma chambre en trouvant un intérêt à chaque objet, même au grain de poussière sur la commode. Voyant mon embarra, maman décide de prendre les choses en main:
-Je lui demande de venir?
J’acquière d’un mouvement de tête. Maman part en souriant.
Le temps de jeter un coup d’œil à mon miroir pour me dire que décidément ma tête ne Margots’est pas arrangée depuis ce matin que je vois l’espèce d’Apollon maladroit approcher.
J’avais pas vraiment remarqué tout à l’heure mais il a beaucoup changé. En deux ans il a prit une tête de plus, il s’est laissé pousser les cheveux, ce qui lui va drôlement bien. Son visage s’est aminci et ses pommettes sont devenues plus saillantes, avec une barbe naissante. En revanche la noirceur de ses yeux n’a pas changé, ni son sourire. J’avais l’impression que cette bouche me narguait comme si j’étais une idiote mais en même temps qu’elle était bienveillante et sincèrement heureuse. Ça m’énervais tout en me faisant fondre ! Il a mit un jean avec un chemise blanche mi ouverte. Whoua, ma tenue préférée. Hasard ?
Lui aussi m’observe en silence. Il plonge son regard dans le mien, puis descend vers ma bouche. Je sais que moi aussi j’ai grandi, j’ai gagné en formes et rondeurs. Et je suis contente, j’ai mis des vêtements qui me vont plutôt bien … Oui c’est puéril comme pensée !!! Son regard remonte à mes yeux verts pomme. Gênée, je me passe une main dans mes cheveux roux flamboyants. Un tic que j’ai toujours dès que je sais pas quoi faire de mes mains.
Çela fait deux bonnes minutes que l’on se dévisage sans rien dire. Mais bon, je sais vraiment pas du tout quoi dire, et lui non plus apparemment! Je le vois ouvrir la bouche … Il se jette à l’eau ?! Ha non, il la referme et me regarde d’un air navré ! Oui oui, tu peux être désolé, où est passé le courage masculin ?! Que pourrais-je bien dire ?
-Salut, ça faisait longtemps !
Rhaaaaaaa … Quelle phrase bidon! C’est évident que ça fait super longtemps qu’on s’est pas vu ! Non mais je pensais à quoi ? Imagine qu’il parte en courant effrayé par tant de débilité ? Mais visiblement il semble surtout heureux de mon initiative.
-Oui, ça va ?
Non, çela ne va pas imbécile ! Après m’avoir abandonné comme du vomi de chien et que j’ai souffert comme une idiote, tu reviens avec ta bouche en cœur pour pouvoir me replonger dans les profondeurs de l’abîme ! Et tu me demandes si je vais bien?
-Oui oui je vais bien, et toi?
-Tranquille.
Et le silence reprend ses aises. Son regard scrute le mien et semble dire «je suis désolée Margot, mais je t’en supplie, fait genre que tout va bien, saute moi dans les bras et faisons comme si ces deux dernières années n’étaient pas arrivées». Et j’admets avoir les mêmes envies ! Oui d’accord, et après il se passe quoi ? Il repart et moi je déprime ? Chouette programme non ? On est là debout, dans le temps suspendu, interminable. Cette situation est ridicule, pourtant j’arrive pas à être gênée. Incapable de bouger et de penser vraiment.
Maël avance. Je reste immobile. Il se rapproche encore. Je bouge pas, pétrifiée. Il hésite et puis me serre dans ses bras. Je sens ses bras chauds se refermer sur moi. Je reste froide et impassible. Il serre son étreinte. Je résiste. C’est inutile. J’explose en sanglots. Trop de ressentis refoulés, trop de choses non dites, trop de douleurs. Je sanglote dans son cou, et le colle contre moi encore plus. Impossible de penser, de raisonner. Juste sentir ces bras protecteurs, ces bouées salvatrices, ce parfum, ce corps …

Après ces moments d’intense émotion, digne des plus grands feuilletons à l’eau de rose, nous sommes allés nous promener. Je lui ai montré les changements du village, les nouveaux coins que j’avais découvert en vélo et les plus beaux panoramas. On parle de tout, de rien, comme si on s’était jamais quitté.
À notre retour, maman nous annonce qu’on doit faire les lits. Maël dormira dans ma chambre mais pas avec moi, à notre grand regret. Malgré nos protestations, maman affirme qu’il n’y a pas assez de place pour deux dans mon lit ! Je cherche des excuses, mais c’est peine perdue. Le mieux que j’ai trouvé c’est que si on dort ensemble, on n’aura pas froid. Mais vu qu’il fait méga chaud, la viabilité de mon excuse est plutôt nulle. J’aide Monsieur à défaire ses affaires, il n’a pas pris grand chose. Puis on descend manger, avec la merveilleuse odeur du fumet qui nous suit jusqu’à la cuisine.
Je comprends maintenant l’expression marcher sur un petit nuage! Je me sens bien, j’ai l’impression d’être légère, de flotter… Je n’ai pas arrêté de sourire de toute la soirée. Le dîner s’est super bien passé. Entre excellent plat de pâtes, les blagues à deux balles de ma sœur, l’humour pas vraiment mieux de Maël, mes éclats de rire et la bonne ambiance de la table, ma mauvaise humeur a compris que c’était le temps de faire les bagages, et pour un bon moment !

La vaisselle, objet de terreur en temps normal, devient l’attraction la plus intéressante au monde avec Maël. Tellement intéressante d’ailleurs, que ma mère se sent obligée de venir nous dire de nous calmer, car apparemment çela serait dommage de devoir éponger tout le sol. On décide alors de trouver un film à regarder. Après une demi-vaisselle de discussion, nous avons arrêté notre choix sur « Les campeuses ». Je suis bien contente; c’est une histoire complètement barjo avec beaucoup de scènes pas très catholiques, çela pourrait peut-être lui donner des idées …
Après avoir souhaité une bonne nuit à toute la tribu, nous sommes remontés dans ma chambre et il m’a prit la main. Comme ça, sans avertir ! Mon cœur a fait plusieurs tours. C’était électrique. Je lui ai souri timidement, il m’a fait un clin d’œil et j’ai tout gâché en rougissant.
-Mais rigole pas !!
En rentrant dans ma chambre il se sent obligé de la commenter pendant que j’allume l’ordinateur pour la séance cinéma! J’essaye de bouder, mais peine perdue.
Le film mit, nous nous sommes allongés ensemble dans mon lit. Au début on était assez éloignés l’un de l’autre, mais au fur et à mesure, on se rapproche … Les jambes croisées … Les mains enlacées … La tête sur son épaule … Le corps tout collé …
À chaque scène osée je n’ose pas le regarder, surtout que je commence à découvrir une nouvelle sorte d’appétit. Quand je le regarde, je ne pense plus qu’à une chose, me jeter sur lui ! En sentant mon regard insistant, il tourne la tête et me regarde. Je rougis en détournant le regard. Ses yeux étaient tellement noirs… pire que d’habitude! Quel jeu mignon du chat et de la souris …
Le film est fini ! On reste à se regarder bêtement, timidement. C’est touchant.
Je lui souris. Il pose sa main sur ma joue. Je frissonne quand il approche son visage du mien. Mon cerveau marche à 100 à l’heure. J’ai beau faire la maligne, plein de choses me passent par la tête. Je vais l’embrasser ! Depuis le temps que j’en rêve … Ses lèvres chaudes se posent sur les miennes. En un instant, j’ai l’impression d’exploser, un vrai feux d’artifice. Mon souffle déjà pas très sage, commence alors une vraie course contre le temps. Ses lèvres dévorent ma bouche et son souffle chaud me donne faim de lui. Je le veux, je veux le dévorer ! Une chaleur se répand partout en moi. Quand Maël se détache doucement de moi, il a les joues rougies et sourit bêtement. Me voila bien partie, je suis déjà droguée ! Ho lalalaaa… il vient de m’embrasser…. Le bisou de conte de fée que j’attendais.
-Je t’aime!
Euh … Là, je crois que mon cœur a raté un battement. Je… J’ai bien entendu? Il m’a vraiment dit « je t’aime »? Ho my god, ho my god! Je crois que je souris à m’en décrocher la mâchoire et… je crois que je suis devenue toute rouge aussi. Mais… Je répond quoi moi maintenant? Un truc classe et original ne peut être que bienvenu !
-Moi aussi, et depuis toujours. Je murmure.
Beurk, on dirait un film à l’eau de rose… Bon tant pis!
Puis, sans essayer de réfléchir une minute de plus, je colle mes lèvres contre les siennes. C’est toujours mieux que raconter des bêtises. Contrôler mes pensées devient alors impossible. Ses mains descendent un peu, viennent se poser sur mes hanches tandis que les miennes se glissent dans ses cheveux… Humm… C’est tout doux! J’ai envie de lui, je veux être totalement à lui! Il faut que…
-Margot ! Crie Aida en entrant dans ma chambre. Bonne…
Là elle s’arrête et regarde la scène les yeux écarquillées.
Ma petite sœur blonde au yeux bleus de 4 ans je l’adore, c’est un vrai amour … Sauf dans ce genre de moments !!!
-Hooo … Les amoureuuuux … Les amoureuuuux … Vous vous faites des bisous sur la bouuucheeee … Chantonne-t-elle d’une voix moqueuse.
Grrrrrrr !!!!
-Chut Aida, arrête!
-Pourquoi?
Comment expliquer à sa petite sœur perplexe ce qu’est la pudeur?
-Parce que c’est gênant tient !
-C’est quoi gênant ?
Changement de sujet; urgence; changement de sujet!
-Au fait tu voulais me dire quoi?
-Bonne nuit (elle vient me faire la bise) et à toi aussi (elle la fait à Maël). Tu sais (elle se retourne vers moi), je suis contente que tu aime Maël parce que moi aussi !

Je me réveille heureuse, et quand je me rappelle pourquoi, j’ai pas pu m’empêcher de sourire bêtement. Je me retourne vers Maël et me fais la réflexion que je l’aime, je l’aime, je l’aime, je…
- Tu t’es réveillée, mon chat? me demande La Perfection.
- Absolument pas !!
Il rigole bêtement et m’enlace pour m’embrasser. Tout d’un coup je me lève pour partir vers la salle de bain.
- Interdiction de venir! riais-je en le voyant se lever pour me rejoindre. Il parut assez déçu quand il grogne un «c’est-pas-juste».
-Bon, allez vient !

Après un bonne douche et un habillage/maquillage express, je descends pour dévorer mon petit déjeuner. Un bonjour rapide à toute la maisonnée et je suis à table. MIAM!
-Margot, moins vite ! Me gronde ma mère.
-Mais j’ai faim !
-Personne ne va te piquer ce qu’il y a dans ton assiette !
-Mouais.
-D’ailleurs tu pourrais amener Achille à l’école? J’ai des trucs à faire.
Comment ?!?!? Je vais à l’école ?!? Avec toute mon indignation, j’ai demandé à maman l’autorisation de faire l’école buissonnière. Ce qu’elle ne sait pas, c’est que avec ou sans autorisation j’allais passer cette journée avec Maël ! Heureusement je vis maman hésiter et c’était très bon pour moi ! L’avantage que j’avais c’était qu’on était juste à la veille des vacances de Pâques … C’est toujours un peu folklorique à cette période, donc je n’allais pas rater grand chose !
-Bon d’accord.
YESSSSSSSSS! Ma danse de la joie terminée, je fonce dans le salon où se trouve Maël qui joue avec Aida, pour lui annoncer la nouvelle mais, finalement, je préfère l’admirer en silence. Il est trop mignon … Sentant un regard dans son dos, il se retourne. C’est troublée que je m’avance vers lui pour lui annoncer la bonne nouvelle.
Tout le monde part, certains à l’école, d’autres au travail. On reste seuls dans ma chambre, il pleut. La journée passe vite, une des meilleures journées de ma vie. On retourne en enfance, on joue tout le temps. Pour la première fois de ma vie, je m’amuse vraiment, et j’ai vraiment l’impression qu’on m’aime. Cet homme est devenu mon idole.

Je suis encore dans les bras de Maël, sensation magique … Je pourrais y rester toute ma vie … Je lui murmure un « je t’aime » en le regardant dans ses yeux d’un tel noir qu’on peut voir le monde à travers… Une subite passion l’emporte et il m’embrasse violemment. Il m’écrase de tout son corps, me dévore la bouche. Je suis chamboulée, excitée. Je lui rends la pareille et en veux toujours plus. Je le sens tout dur contre mon ventre… On continue comme ça longtemps, à s’abreuver de l’autre. A bout de souffle, je me sépare de sa bouche. On a tout deux un sourire béant mais on ne sait pas quoi dire, pas la peine. Ses mains explorent mon corps tendrement, venant se poser sur mes anches, puis montant doucement vers mes joues. J’ai des frissons partout, surtout quand je caresse à mon tour son torse magnifique. J’ai les mains qui tremblent et la tête qui tourne. Je le regarde dans les yeux puis m’approche lentement de sa bouche… Je sens ses mains qui tremblent sur mes cuisses… Il les remontent doucement, hésitant. On continue à profiter de la courte présence de l’autre jusqu’à ce que je me tourne, lui prenne la main et la serre avec amour. Tout un fleuve d’amour qui ne demande qu’à s’échapper et à être partagé sors de mon cœur. Je suis euphorique. Une sensation tellement formidable, intense… Indescriptible.
La famille rentre, la soirée coule, la vie est belle. Amoureux, plus rien n’existe, plus rien n’importe. On va se coucher sans même le remarquer.
Aucun de nous arrive à dormir, alors, vers 4h du matin, je me lève puis improvise une partie de cartes où je lui propose de venir se joindre à moi. Il se met contre mon dos, me couvrant le cou de bisous. Les frissons reviennent.
-Tu sais qu’on peut pas jouer comme ça? Murmurai-je.
-Trouve un autre jeu où l’on peut jouer collés mon chaton. Répond-il. Sinon je joue pas.
Nous passons le reste de la nuit à papoter. Maël m’a appris pleins de choses sur la nature, les fleurs, les étoiles, le pudding, sa vie… C’est avec attention que je l’écoute me raconter ses projets tous plus fous les uns que les autres, ses histoires, ses conneries… Il m’apprend ce qu’il veux faire l’année prochaine. Il fini le lycée et ensuite ira dans une fac de psychologie à Paris. Une fois ses études terminées, il compte devenir chercheur dans les maladies mentales. ( Ce qui est compréhensible vu que sa mère était folle. J’avais cru comprendre qu’elle avait sauté du 6ème étage pensant que sa maison était en feu. Le pire c’est qu’elle avait sauté avec son bébé, pensant le sauver d’une mort atroce. Le même jour Maël a perdu sa mère et une sœur)….
Puis c’est à mon tour de parler. Je parle de livres, de moi, de ma vie, de mon avis … Je parle de tout et de n’importe quoi. Je lui raconte toute mon enfance passée à déménager de maison en maison en fonction des fantaisie de ma mère, de ses nouveaux amoureux, de ses idées … Mon désespoir de ne jamais pouvoir garder d’amis, mon bonheur de connaître toujours des nouveau endroits. Je lui avais déjà raconté, mais je lui re raconte avec plus de détails, de maturité. Et il m’écoute, me sourit en m’aidant, en plaisantant … Encore un moment inoubliable!

La meilleure nouvelle, c’est de savoir que le bonheur d’être ensemble était croissant tout au long de son séjour. Le week-end fut merveilleux. Les trois jours suivants encore mieux. Nous avons joué aux cartes, je me suis improvisée styliste pour un défilé ayant pour thème le ridicule. Les photos de maman ont immortalisé ce moment ! J’ai refais visiter la région à mon homme, et on a même passé une nuit ensemble dans la forêt, dans un cabanon prêté par des amis. C’était magique ! Entre rigolade, nourriture, famille, bonheur et passion j’étais loin de me douter de ce qui allait m’arriver… Évidement toutes bonnes choses ont une fin, et c’est dangereusement qu’on se rapprochait de Mercredi midi, heure fatale où Maël partait !

La veille de son départ j’allume la musique, et on improvise un show dans ma chambre. On danse doucement, collés l’un à l’autre. Il va repartir … Je me souviens de tous les bons moments passées ensembles, une semaine c’est court. C’est extrêmement court ! Le souvenir de notre première rencontre palpite encore en moi ainsi que toutes les autres. C’était dans un parc. Je m’étais assise sur un banc, j’attendais quelque chose. Je savais pas quoi, mais j’avais eu envie de m’asseoir sur ce banc vert et d’attendre. Tout à coup, pendant que j’étais perdue dans mes pensées, un parfait inconnu vint me demander quelque chose. Hébétée quelques instants par sa beauté et son regard, je n’avais pas tout de suite capté ce qu’il m’avait demandé. Entre le moment où la question fut prononcée et celui où elle arriva à mon cerveau j’avais eu le temps de tomber amoureuse. À court de briquet, il m’avait demandé si par hasard je n’en avais pas un. J’avais bredouillé un non. Pendant quelques secondes, il sembla troublé. Je m’étais ensuite giflée mentalement, il avait dû me prendre pour une idiote. Et non même pas. On avait continué à discuter. Trois heures plus tard, et après avoir gelé sous un ciel gris, je suis rentrée chez moi avec en poche son numéro de téléphone. Pendant une semaine je n’avais pas arrêté de penser à lui, en me repassant le film de notre rencontre. Et dans mes films à moi, je ne balbutiais pas un non timide, mais je répondais avec un sourire :
-Non, mais je peux t’allumer toi.
Puis mon imagination débordante imaginait la suite…
Maintenant me voilà, deux ans plus tard, après une tonne de larmes versées et de forts moments de bonheur, dans les bras de ce prince. Malgré moi des larmes coulent sur mes joues. J’AI PAS ENVIE QU’IL PARTE. Je t’en supplie Dieu, si tu existes, fait un miracle de sorte qu’il reste, qu’il déménage et qu’on puisse vivre ensemble. Par pitié …
À un moment je l’entends renifler. Il pleure ?!? On a passé les 10 minutes suivantes à pleurer l’un dans les bras de l’autre, tantôt de rire d’être aussi sentimentaux, tantôt de joie d’être ensemble, tantôt de tristesse à cause de son départ qui s’approche.
-On mange ! Hurle maman de la cuisine
On se décolle doucement et je vais éteindre la musique pendant que Maël allume la lumière. Zut, j’ai les yeux tout rouge, lui aussi. Bon … Maman comprendra …
On mange. C’est bon, mais il y a une drôle d’ambiance. C’est pesant. Mes sœurs continuent leurs perpétuels bavardages, maman essaye de nous distraire, mais Maël et moi sommes abattus. Mais ma petite voix intérieure n’a pas perdu espoir : Aller, remue toi Margot ! Il n’est pas là longtemps, alors on va pas se lamenter. Il faut en profiter un maximum.C’est avec cette idée en tête que je me force à sourire. Avec quelques efforts, je parviens à mettre une bonne humeur à table, et c’est fière de moi que je monte dans ma chambre pour dormir avec Maël. Une fois en haut, Maël s’assoit sur mon lit et me prend par la main, je m’installe sur ses genoux … Aucun de nous bouge … Je ne veux rien dire. J’ai rien à dire. Pas besoin de se parler. Juste profiter de la chaleur de ses bras. De la douceur de ses lèvres. Du réconfort de sa présence. Il va me manquer! Moi aussi je vais lui manquer. J’ai pas envie de bouger. Lui non plus. Je me sens si bien quand je suis avec lui, comme s’il répandait un parfum qui drogue, qui fait oublier tous les problèmes, tous mes problèmes. Qui fait oublier l’injustice de ce monde, les guerres et les disputes. Un parfum qui te fait sentir bien, en sécurité! C’est apaisée que je m’endors contre lui, pendant qu’il veille sur moi. Rien ne peut m’arriver.
Quand je me réveille je me sens étrangement bien, presque heureuse! La douleur a disparu. Je me tourne vers lui, il semble apaisé, comme si la veille n’a jamais existé. Ça me donne le sourire !
Je descends, maman est en pleine réflexion dans sa salle de massage. Je m’assois à côté d’elle et la regarde. Je l’adore ma mère, elle est géniale. C’est rare de s’entendre aussi bien avec sa mère quand on est adolescent. C’est sûrement du à son respect de nos libertés, elle n’est pas envahissante comme la plupart des parents. Même si elle nous donne des conseils et nous éduque, elle part du principe qu’on doit grandir pour soit, et donc elle nous responsabilise tout de suite. Ma mère a une philosophie extraordinaire : elle nous laisse vivre …
-Tient te voila ma puce, bien dormi ?
-Ça va.
- Fait pas cette mine, tu vas le revoir …
-Mon mais vraiment, t’inquiète ça va. Je crois que je me suis habituée à l’idée …
Néanmoins, j’ai des larmes qui montent à mes yeux, outrepassant mes efforts pour les empêcher de couler. Maman a dû le remarquer car elle me prend sur ses genoux et me berce en chantant. Et non, il n’y a pas d’âge pour se faire câliner par sa maman.
Achille descend suivis par Maël et Aida, attirés pas la faim. Nous les rejoignons pour le petit déjeuner le plus glauque que je n’ai jamais vécu, personne ne parlant, l’air grave !
Trois heures plus tard, tout le monde revient de l’aéroport sans la personne que j’aime !

Le même jour, un an après :

Il fait froid. Très froid. J’ai froid partout, jusqu’au plus profond de mes os. Je ne sais pas comment me réchauffer. Le froid glacé qui s’insinue en moi m’a réveillée. Je décide d’aller me chercher une couverture en plus. Mais je sais bien que c’est totalement inutile. Une de plus une de moins ça va changer quoi ? Je regarde autour de moi. Cette chambre est vide, grise, morbide. Elle ressemble à une prison. Il reste des marques de sang sur le mur. Les dames n’ont pas réussi à laver. Il parait qu’on va encore me déplacer, dans une école pour délinquants. La fenêtre est tentatrice. J’oublie mon froid, et m’approche du volet. J’ouvre et respire l’air frais. J’exquise presque un sourire. L’air gelé me dévore le visage, comme des milliers de couteaux qui s’acharnent sur ma peau. Ça me rassure, j’ai toujours ma peau sur moi. J’évite de regarder en bas, je sais que je vais avoir envie de sauter. Un oiseau se pose sur l’arbre en face. Il est noir avec un long bec. Pourquoi je suis là ? Et pas sur cet arbre avec l’oiseau ? J’ai envi de pleurer. Ça serait tellement bien d’avoir des ailes, de fuir loin, de fuir tous. Hier j’ai eu une crise encore plus violente qu’avant. Je voulais tous les tuer, tous jusqu’au dernier ! Je voulais qu’ils sentent ma souffrance, partager toute ma haine. Pourtant je ne l’ai pas fait. Et pour me remercier ils m’ont juste enfermés. Je ne comprend pas. J’avais gardé mon sang froid. Je regarde les cicatrices ouvertes sur mon bras … C’était ça ou la tête d’une de ces connasses. J’avais besoin de sang, d’horreur. J’avais besoin de me sentir vivre, d’avoir mal, je voulais ressentir quelque chose.
Mais pourquoi j’ai fais ça ? Pourquoi je suis devenue comme ça ? Je suis devenu un monstre. Je ne devrais pas exister !
Mes yeux embrumés regardent le ciel. Il a des très belles nuances de gris torturé et de bleu foncé. La lune est là, belle, ronde, fière, gracieuse. J’aimerais lui ressembler. Est-ce que Maël la regarde aussi ? Si j’étais la lune il pourrait m’admirer aussi. Lui la seule personne qui m’aie jamais aimé !
Qu’est ce qui m’a pris ? Aller chez mon père ? Je croyais quoi ? Que du jour au lendemain il allait m’accepter, que tout se passerais bien, que je ne manquerai de rien et que je serais à côté de là où habite Maël ? Quelle conne ! Le paradis promis c’est transformé en pensionnat pourri, avec que des attardées. Et moi qui pensait que la ville c’était mieux que mon bled. En fait personne n’est bien dans se monde. La vie décrite dans les livres, dans les souvenirs, c’est de l’arnaque. C’est juste pour cacher comment l’humanité est pourrie, pour cacher les horreurs de ce monde. Pour cacher les crimes, la violence, l’exclusion et la pourriture. Mais en fait on est tous entourés que de ça, de pourriture ! Je veux pas vivre dans un monde sans espoir, dans un monde délaissé de toute étincelle de magnifique.
La lune me tente, le corbeau m’appelle. Je veux sortir, je veux du merveilleux, je veux des grandes choses … Je veux sortir du gouffre. Et la seule merveille de ce monde est Maël ! Je dois le rejoindre !!!
Je regarde le mur en face, on dirais un barrière pour empêcher les bêtes de sortir. Je saute de ma fenêtre, me foule la cheville, je grimpe sur le mur et saute de l’autre côté. Je m’abîme le genou mais je m’en fou complètement. Plus rien n’a d’importance! À partir de là je cours. Je cours, je cours… Tout droit. J’ai mal, j’ai mal absolument partout mais je continue. Les passants me dévisagent mais je continue. Il y a du béton partout, toujours que du béton, des voitures, des gens. Je me sens mal, oppressée… Ma colère monte! Vite vite un coin calme. Je déboule sur un parc rempli de parisiens calmes, qui se baladent avec leurs enfants. Ils semblent tous heureux, tendus mais heureux. Heureux de ne plus travailler, d’être en famille, heureux d’être bien. Pourquoi moi non plus je peut pas être heureuse? Ça semble si simple pourtant, on dirais que c’est à portée de main. Mais comment ils arrivent à être heureux dans une telle moisissure, dans un tel confinement, dans une telle laideur ? Je me trouve un coin près d’un lac et je m’assois à côté de personne. Je m’allonge. J’attends. Je me sens beaucoup mieux. Je touche l’herbe, respire un air presque pur. Pendant quelques instant j’oublie que je suis dans la capitale et je serais presque heureuse pendant que ma respiration se calme. Puis j’entends la réponse d’un passant à sa femme:
-On est le 4 mai ma chérie!
Le 4 mai …. Un an, jour pour jour, après le départ de Maël. J’ai frôlé du bout des doigts une délicieuse ivresse, puis elle s’est volatilisée, comme un papillon qui s’est posé sur ton épaule et que quand tu veux le toucher il s’envole. Les souvenirs de cette année me revienne en pleine face. J’essaye de les retenir, de leurs interdire l’entrée dans ma tête mais ces monstres sont plus fort que moi, il m’envahissent, me détruisent… J’avais connue le bonheur cette année là. Je l’avais empoigné bien vigoureusement le bonheur. Il m’inondait de toute part, de tout côté. J’en avais même trop. Et puis il est parti. Au début j’étais triste. Surtout que j’avais aucune nouvelles de lui, pas un mail, pas une lettre, pas un message. Rien. Après je me suis habitué à son absence. Pas pour longtemps. Son silence m’étonnais, j’ai commencé donc à me faire du soucis et à vouloir absolument le revoir. L’année scolaire terminée j’ai demandé à ma mère si je pouvais aller habiter avec mon père. Je lui avais pas dis, mais je voulais aller chez mon père parce qu’il habitait à Paris. Et normalement Maël devais y être dans une fac de psychologie. C’est ce qu’il m’avait dit! Maman était d’abord réticente. Elle m’avait avertie que l’homme qui m’avais accueillis une ou deux fois pendant que j’étais petite n’était pas forcément une personne exemplaire et que comme à chaque fois que j’y étais allée j’étais revenue dans tout mes états, c’était une très mauvaise idée. J’avais fait la sourde oreille, répliquant que j’avais grandi et que lui aussi. J’avais donc pris l’avion à la fin des vacances pour mon nouveau destin, vers ce père et cette ville que je connaissait à peine. Tout c’est absolument mal passé. Au lieu de me garder chez lui, mon père m’avait mise dans un pensionnat sans me demander mon avis. Je l’avais vu deux jours et puis hop! Je suppose qu’il ne voulais pas s’encombrer d’une «garce», qu’il préférais continuer à vivre sa vie seul et libre … Enfermée entre quatre murs, avec des fou dingues qui ne respectent pas du tout les humains, des pensionnaires complètement cons, un souvenir cuisant de Maël et un terrible manque d’affection et d’amour, je commençais à devenir dingue. J’avais donc demandée à mon père de me changer d’endroit. Il avais refusé en donnant divers arguments que je me suis même pas donnée la peine de retenir tellement ils étaient nuls. J’ai donc commencée à plonger dans le gouffre de l’horreur. Ça a commencé par des petites dépression, une chute de mes résultats scolaires, de ma politesse, de ma sociabilité. Puis après il y a eu les moments de colère puis de rage. Ça s’est suivi par la violence, les mutilations, la drogue …

La nuit tombe. J’ai pas envie de retourner dans mon enfer. J’ai déjà fait plusieurs fugues, mais à chaque fois je revenais. C’est fini, hors de question de rentrer! Je m’allonge dans l’herbe en frissonnant et j’essaye de m’endormir.
5 heures plus tard la police me retrouve.
7 heures plus tard je suis à la porte de l’établissement renvoyée.
Papa vient me chercher et j’ai peur de sa réaction. Je le vois, je viens vers lui timidement. La lueur de rage qui brille dans son regard me terrifie tellement que j’aurais largement préféré qu’il commence à m’hurler dessus. Il l’avait déjà fait une fois, c’était des années auparavant. J’étais petite, j’étais triste, j’allais partir et je ne savais pas quand j’allais le revoir. Alors contrariée, je l’avais traité de mauvais père. À ce moment là j’avais reçu un tel savon que j’ai été persuadée pendant longtemps que rien n’était pire que ça. Maintenant je me rend compte que j’avais eu tort, il y a pire : le silence ! On monte dans la voiture. Au bout d’une heure de silence, il me sort:
-J’ai réservé un billet d’avion, tu pars demain chez ta mère.
-Quoi ? NON, tu lui as quand même pas dit ?
-Si ! Et j’aurais du le faire depuis longtemps, les salopes ça reste entre elles !
Je commence à hurler qu’il n’a pas le droit, que c’est pas juste. Puis je pleure, crie, désespère. Elle doit être tellement déçue, inquiète, triste, horrifiée …

Point de vu de la mère :

Les épaules voûtées, un masque de tristesse sur son visage, c’est avec la mort dans l’âme que ma fille attend telle une somnambule ses bagages sur le tapis de l’aéroport. Les petits l’ont vu aussi et lui font des grands signes à travers la paroi de verre. Elle nous repère et baisse aussitôt les yeux évitant mon regard. Elle sort enfin et s’avance la tête basse traînant son bagage et sa tristesse avec elle. Achille et Aida lui sautent au cou le sourire aux lèvres, ce qui fait ébaucher un sourire à Margot. C’est à mon tour de la serrer contre moi, fort. J’ai envie que mon cœur s’ouvre et déverse toute l’énergie dont elle va avoir besoin, elle est tellement maigre, décharnée … une mort vivante !
-Tu m’as beaucoup manqué ma puce ou devrais-je dire ma sauterelle ? Où sont passées tes rondeurs ma belle ? Dis-je en tentant d’alléger ces tristes retrouvailles.
Margot se blottit contre moi et commence à sangloter.
-Pourquoi tu ne m’as rien dit ? je lui murmure. J’ai eu tellement peur pour toi depuis que ton père m’a prévenu.
-Tu m’as manqué énormément aussi maman. Je suis vraiment désolée. Tu ne m’en veux pas? Dit-elle en pleurant maintenant à chaudes larmes.
-Bien sûr que non, c’est moi qui m’en veux de t’avoir laissé seule à traverser cette épreuve.
-Je ne voulais pas t’inquiéter, je suis vraiment désolée … Déclare-t-elle redoublant de sanglots.
Je l’entraîne à la voiture pendant que Aida l’air grave demande à Margot pourquoi elle pleure.
-Je sais pas, je dois être fatiguée. Répond-elle en me regardant de biais l’air de dire qu’elle n’a pas mieux comme excuse.
Et telle une fontaine, elle pleure tout le long du trajet tantôt de joie de nous retrouver, tantôt de tristesse…
-Si c’est parce que t’as faim que tu pleures, t’en fais pas, on a le frigo plein ! Dit Achille le gourmand de la famille.
-Moi je sais pourquoi elle pleure, annonce Aida, elle a des bobos sur le bras! On va te soigner et t’aura plus mal.
Je me tord le cou tout en conduisant pour jeter un œil sur son bras qui tente rapidement de cacher ses cicatrices.
Une violente douleur me traverse le corps et toute l’horreur de la situation me saute à la gorge. Je me sent tellement impuissante face à la détresse de ma petite fille qui avait grandi trop vite.

Une fois à la maison, je prépare un rapide déjeuner soucieuse de la suite des événements pendant que je laisse mes enfants s’affairer à montrer leurs chambres et à installer Margot dans ma chambre. Elle m’avait demandé si elle pouvait rester dans ma chambre après être restée plantée devant la porte de la sienne sans pouvoir y entrer. Trop de souvenir dans sa chambre allaient lui hanter la tête.
Le déjeuner fini, il fallait au plus vite pouvoir discuter avec Margot sans ses frangins que j’envoie chez une vielle dame qui habite le village d’à côté, soit environ trente minutes de calme.
Je l’emmène dans la salle de massage, j’allume une bougie et un bâton d’encens espérant nous entourer de l’aide de tous les anges présents dans les environs. Nous allions en avoir besoin.
Je la regarde un moment en silence, sans bien comprendre ni savoir comment m’y prendre. Elle me fait tellement pitié, comment était ce possible qu’elle ait pu avoir une telle réaction?
Avec tout l’amour dont je suis capable, je la regarde, ma jeune adolescente noyée dans des sérieux problèmes d’adultes.
-Que s’est-il passé ma puce? Je demande dans un souffle sans trouver mieux à dire.
-Tu avais avais raison, murmure-t-elle, j’aurais pas du y aller!
Elle s’arrête, l’air fermée. J’ouvre la bouche puis la referme indécise. Après quelques instants, elle reprend.
-Après le départ de Maël, j’ai été triste longtemps, tu le savais et comme tout le monde, je croyais que ça allait passer, qu’il suffisait que je le retrouve. Ça allait un peu mieux mais j’ai fait un drôle de rêve et je suis retombée dans la déprime. J’avais rêvé d’un avion qui explosait avec Maël qui était dedans et qui me disait adieu d’un signe de la main à la fenêtre d’un hublot. C’était horrible! Surtout que je l’ai refait plusieurs fois. Le plus drôle c’est que la première fois c’était la veille de son arrivée ici. Avec un affreux pressentiment, j’ai pris la décision de l’appeler et de pas vous en parler. Après avoir chercher pendant plusieurs semaines son numéro, j’ai téléphoné chez lui et suis tombée sur son père qui n’a pas voulu me passer Maël. Il disait qu’il ne voulait pas me parler, qu’il avait refait sa vie et que je devais l’oublier. J’étais furieuse, imagine ! Mais j’ai pas voulus abandonner. Sachant qu’il allait à Paris pour ses études, je me suis dit qu’y aller était la meilleure façon de le revoir. C’était idiot comme raisonnement, mais c’était le mien. C’est pour ça que j’ai voulu aller chez mon père ! Mais au lieu de me garder avec moi, il m’a envoyée dans ce pensionna affreux. Je me motivais en pensant que je le reverrais, que tout serait comme avant. Mais c’était du pur rêve. J’ai juste vécus l’enfer là-bas. Les professeurs étaient méprisants, les bâtiments peu accueillants, les autres complètement imbéciles et superficiels. Je ne me suis pas fait un seul ami. C’était la règle de la jungle, chacun pour soit et puis voilà. On aurait dit que, sans le vouloir, mon père avait choisi le pire lycée de Paris! J’ai … J’ai pas réussis à … à être assez forte pour survivre …
Je la vois qui craque littéralement et fond en larme. Je l’enlace et la serre contre mon cœur, je la berce exactement comme je l’avais fait quelques mois en arrière. Quand tout allait bien! Quand elle découvrait la passion enivrante de l’Amour …
Elle commence à trembler de partout ! Je la vois qui se lève d’un coup, fouille dans sa poche et sans avoir eu le temps de comprendre ni d’arrêter son geste, elle avale une pilule. Un tranquillisant sans doute! Je me sens tellement impuissante face à ce déchaînement. Mais je sais que ce n’est pas le moment de lui faire un discours sur ce que je pense de ces drogues. Je la sens qui se détend mais sa colère est toujours là tapie au plus profond de son être. Je n’ai pas bougée et la regarde silencieusement. Elle se calme, s’assoit et murmure un pardon.
Ce qu’elle m’a raconté me bouleverse. Je commence à détester son père, ce connard qui a détruis ma fille, qui l’a fait autant souffrir. Quelle ignoble personne! Et le pire c’est que je sais quelque chose de grave… de très grave, mais je sais pas si je devrais lui dire. Elle traverse quelque chose de tellement douloureux que je ne veux pas aggraver son cas. Mais en même temps elle a le droit de savoir la vérité !
J’ai tant de mal à me décider à briser ce silence entrecoupé de hoquets…
C’est ainsi que je lui annonce que je sais pourquoi Maël n’a pas donné de signes de vie. Elle se tourne vers moi, incrédule, ne comprenant pas.
-Oh ! Pardon ma belle mais les adultes font parfois des erreurs en croyant faire le bien … Nous ne nous sommes pas rendu compte à quel point cet amour de jeunesse était si profond en toi, on se disait que le temps effacerait rapidement ton attachement à lui et qu’à ton âge tu retrouverais plein d’autres amoureux … que cela valait mieux pour toi ! Comme cela arrive chez plein de gens, loin des yeux, loin du cœur …
Margot me regarde les yeux écarquillés et se demandant un peu effrayée ce que j’étais en train de lui révéler …
Je m’approche d’elle le plus doucement possible, je lui parle avec tout l’amour qu’une mère peut avoir pour sa fille blessée.
-Non, ce n’est pas que Maël ne voulait plus de toi ou qu’il ne t’aimait plus ! Son père m’a appelé quelques jours après son départ pour me mettre au courant. Le rêve que tu as eu n’était pas un rêve. Je suis désolée, Maël a péri dans un accident d’avion.
Je vois le visage de Margot qui se décompose, je peux voir dans ses yeux une lueur les transpercer.
-NON… non.. non…
Elle s’écroule par terre.
Je la sens encore plus déboussolée, les yeux perdus, le visage vide. Elle semble anéantie et se crispe de douleur.
-C’est impossible ! NON MAËL ! Pourquoi lui ? Il peut pas mourir! NON !
Elle hurle ce mot dans un désespoir déchirant.
Je la vois qui lutte et tente de se calmer mais la respiration lui manque. Elle est comme transcendée et ne me voit même plus, aveuglée par la douleur de cette réalité.
J’essaye de lui parler mais elle ne m’entend plus.
Elle parle tout haut en souriant vers le ciel.
-Il m’aime encore alors, il ne m’a pas rejeté. Si tout cela est vrai alors il faut absolument que j’aille le voir, il doit m’attendre … Je dois quitter ce monde de merde !
Complètement effrayée par son changement radical d’attitude, je tente de la raisonner.
-Si tu veux ma puce, on pourra aller voir où il repose maintenant, d’accord?
-Non maman, je suis désolée. Je ne peux pas rester ici.
Son calme m’inquiète.
Elle se lève et va pour sortir. Je dois absolument la retenir, elle est sous le choc et j’étais bien loin d’imaginer qu’elle puisse avoir cette réaction là!
Je l’attrape mais elle se débat et s’échappe en hurlant qu’elle n’a plus rien à faire dans ce monde… Qu’elle veut mourir!
Elle ouvre la porte et se met à courir.
-MARGOT ! NON ! S’IL TE PLAIT ! NE PART PAS ! ON A TOUS BESOIN DE TOI ICI …

Je gribouille sur le tableau noir un « on revient vite » à l’attention des petites qui ne sont pas encore revenues, qu’elles ne s’inquiètent pas. Je pense que cela peut durer un peu de lui faire retrouver la raison !
Je me précipite derrière elle mais elle court portée par des ailes. Elle court, court à travers le village sans s’arrêter. Je dois à tout prix la calmer mais elle va trop vite, je crie tant que je peux mais mes paroles s’envolent et elle aussi vers le plateau rocheux qui surplombe la mer.
Une angoisse commence à m’étreindre, je ne veux pas la perdre, non, elle va pas faire ça ! Non ! Non ! Mes poumons sont en feu, je ne sais comment mes jambes arrivent encore à me porter. Le temps est suspendu, j’ai l’impression que ma vie, que la Vie, que sa Vie en dépend !
J’arrive enfin sur le plateau et je la vois debout au bord du précipice, les bras grands ouverts, offerts au vent, au coucher de soleil qui vient inonder de lumière le spectacle effrayant de cet enfant souriant qui, comme un ange, les cheveux et les habits au vent, bascule dans le néant.

Avril 2014serveimage (2)

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