Argumentation

Pourquoi rire ?

Honnêtement je vous déconseille de le lire, c’est juste une dissertation pour le cours le Français. Mais ce fut tellement de travail que j’ai pas envie de le perdre, donc je l’ai posté ^^ !

Pensez-vous que l’on puisse traiter de sujets graves et sérieux sur le mode plaisant et humoristique ?

Depuis l’invention de l’écriture, la littérature permet à de grands hommes de s’exprimer et de laisser une trace de leur passage sur terre. Grâce à cela, nous connaissons les mœurs des époques passées ! Mais elle permet aussi de traiter des problèmes de société, de mener des combats pour faire avancer l’humanité. Pour cela, certains choisissent de faire des longs discours, des traités ou des réquisitoires. D’autres choisissent de traiter de sujets graves et sérieux sur un mode plaisant et humoristique.
Ainsi, est-ce possible de décréter que le rire est le meilleur moyen de faire évoluer le monde ? Nous verrons tout d’abord les avantages du rire, pour ensuite se pencher vers les limites des œuvres «drôles» et finalement nous verrons quel effet l’humour a sur la société.
Pour faire rire les gens, il existe plusieurs méthodes : la comédie, les caricatures, les satires, les parodies … Peu importe le nom, tous ces procédés visent la même chose : se moquer de certains aspects de la société. Pour cela, les auteurs utilisent l’exagération, le ridicule ou encore l’ironie. Les plus grands écrivains que l’histoire a retenu, comme Montesquieu, Voltaire ou encore Molière, en usaient et abusaient. Mais pourquoi ?

Tout d’abord, les textes comiques ou/et ironiques ont un plus large public que les essais. Ce sont des textes souvent courts, avec un vocabulaire suffisamment commun pour être compris. Cela semble évident qu’il est plus facile de comprendre une pièce de Molière qu’un texte philosophique de Sartre. De plus, ils sont là pour nous détendre, nous faire passer un bon moment. Il est plus à la portée du public de se questionner sur la différence hommes/femmes avec la pièce La Colonie de Marivaux (une utopie humoristique dans laquelle les femmes prennent le pouvoir), que de lire en entier le traité de Rousseau Émile ou l’Éducation (décrivant l’éducation parfaite d’enfants, où, selon l’auteur, les jeunes filles ne doivent pas être éduquées). L’humour permet donc à un plus grand nombre de personnes d’accéder à de nouvelles idées tout en se divertissant.

Ensuite nous pouvons remarquer que les textes humoristiques font plus appel aux émotions qu’à la raison, c’est de la persuasion. Soit ils nous émeuvent, nous indignent, ou bien nous choquent, et cette rupture dans la normalité déstabilise puis fait rire. Dans l’une des planches des Idées Noires de Franquin, on voit un jeune homme tomber par terre et tout le monde s’inquiète pour lui, on appelle un médecin. Ici tout nous semble normal. Mais une fois qu’il va mieux, on le reprend pour l’emmener à la potence ! Ce rebondissement est tellement inattendu que ça nous fait rire, mais il choque aussi. La dénonciation de la peine de mort n’est pas directement argumentée, mais cette scène qui touche va peut être faire réfléchir sur l’absurdité de cette action. Les vérités sont exprimées comme évidentes par elles-même. L’idée de l’auteur est donc plus facilement assimilée.

Néanmoins, ces textes sont souvent les plus pertinents, malgré leurs apparences futiles. Car ils permettent de faire sa propre opinion, de réfléchir sur l’aspect moqué et de décider si on adhère à l’idée de l’auteur ou pas. Même si la lecture nous fait rire, nous avons tout un travail de réflexion, le lecteur est actif. Par exemple, dans De l’esclavage des nègres, Montesquieu fait semblant de défendre la thèse esclavagiste. On pourrait croire aux véritables arguments donnés, mais après réflexion, on comprend qu’ils sont totalement absurdes. C’est justement la thèse adverse que l’auteur défend, en ridiculisant tous leurs arguments un par un. À nous ensuite de réfléchir et de choisir quel parti prendre. Cependant ces textes sont faits de telle façon qu’il est difficile de contre-attaquer. Le rire est une arme puissante, une fois un sujet ridiculisé, il n’a plus beaucoup de crédibilité. Ainsi, lors de débats, réussir à retourner la thèse adverse en la ridiculisant est presque une preuve de victoire.
Malheureusement, l’argumentation par le rire a aussi ses limites. L’humour mal employé peut être inefficace, et même faire des dégâts.

En effet, les textes faits pour «plaire et instruire par le rire» sont très superficiels. Ce sont souvent des concentrés d’idées ou la conclusion d’une réflexion. Pour comprendre un sujet il vaut mieux passer par des textes plus «sérieux» qui traiterons le sujet de façon plus objective, ou alors plus complète s’il s’agit d’un essais. La presse satirique, comme le Canard Enchaîné par exemple, traite des sujets d’actualité avec des caricatures. Ces dernières nous donnent une idée directrice qui fait rire, mais qui reste très incomplète. Plus précisément, si nous avons une caricature sur le résultat des élections, nous pouvons savoir d’un coup d’oeil qui a gagné sans pourtant comprendre la situation. Il est donc toujours préférable d’approfondir un texte humoristique par une étude plus complète.

De plus, l’humour est très imprécis. Quand un auteur ou un humoriste critique quelque chose, nous ne savons pas toujours ce qu’il pense réellement, et quelle solution il a à nous apporter. Nous avons l’exemple frappant de Dieudonné et de ses blagues jugées antisémites, alors qu’ il affirme ne pas l’être. Le doute règne et personne ne sait ce qu’il en est réellement, où est la limite entre la diffamation et l’humour. À contrario, les discours des politiciens, par exemple, nous permettent de savoir ce qu’ils pensent d’une situation et quelle solution ils veulent nous apporter, même si cela est beaucoup moins plaisant. Il est trop facile pour un auteur de se cacher derrière l’humour. Nous avons ici un exemple moderne, mais nous pouvons en trouver des plus lointains : Don Juan remet en cause toutes les valeurs du XVIIème siècle, en passant du libertinage jusqu’à Dieu. Du coup, nous ne savons pas vraiment ce que pense Molière de ces différents points de vue, s’il prend le parti du personnage principal ou s’il veut condamner ces pensées grâce à la mort du personnage sur scène. Il est donc nécessaire de faire très attention avec le comique, qui peut être délicat à manier.

De même, il faut prendre en compte son interlocuteur. Parfois certains propos sont blessants ou insultants. L’humour noir, notamment, est le plus destructeur. Quand les gens ont subit des traumatismes ou qu’ils ont des idées profondément enracinés, ils ne veulent pas qu’on se moque d’eux. Ça leur donne l’impression qu’on traite ces sujets graves à la légère, comme s’ils n’avaient aucune importance. Nous ne pouvons pas plaisanter de tout avec n’importe qui. Ainsi, un japonnais n’appréciera sûrement pas les blagues sur le nucléaire. De même, la revue satirique Charlie Hebdo n’a pas été loin du mauvais goût lorsqu’elle annonça la mort du général de Gaulle avec la phrase «Bal tragique à Colombey: un mort», référence à un incendie dans une discothèque qui fit une centaine de victimes. Il est très facile de vexer quelqu’un et ainsi créer une discorde, et même une guerre à plus grande échelle (nous avons l’exemple de Charlie Hebdo et des attentats du 9 janviers 2015). L’humour est à manier avec beaucoup de délicatesse !
En somme, avec ses différentes caractéristiques, l’humour et le rire ont toujours eu une grande place dans la société. Il a été utilisé à travers les siècles pour faire passer des messages et mener des combats.

En effet, le rire est un excellent moyen de faire passer des idées plus facilement. Dire quelque chose de polémique en l’atténuant par un trait d’humour est moins choquant. Les nobles et l’Église, au cours du XVIIème siècle, se sont largement fait critiquer et ridiculisés par Molière et ses comédies (Le Misanthrope, Tartuffe). Pourtant ils venaient aux représentations, le cœur léger car ils allaient passer un bon moment, mêmes si certaines pièces ont été largement commentées ! De cette façon, bien des auteurs ont déjoué la censure pour critiquer ce qui n’allait pas. Beaumarchais, dans Le Mariage de Figaro, profite des monologues de Figaro pour tout critiquer. Le comte ici, apparaît comme un personnage grossier et naïf, représentant la noblesse qui pour toute vertu ne «s’est donné la peine que de naître». Malgré cela, la plus grande partie des spectateurs de l’époque faisaient parti de la noblesse.

C’est pourquoi l’humour est un excellent outil pour critiquer la société et l’améliorer. Les auteurs des siècles passés ont adoré manier l’ironie pour se moquer de leurs persécuteurs et déjouer la censure, tout en créant une polémique. Victor Hugo, dans sa Préface pour Le Dernier Jour D’un Condamné, utilise brillamment l’ironie pour discréditer un par un les arguments des bourreaux, qui tuent un homme dans le but de donner l’exemple, avec pour seuls témoins «les arbres du boulevard» ! Il termine en déclarant, avec des questions rhétoriques et un tutoiement accusateur, que finalement les bourreaux doutent de plus en plus d’être des justiciers, et qu’ils sont finalement peut être que des «assassins» ! Ces paroles fortes et presque drôles, malgré le sujet grave, ont été reprises pratiquement mot pour mot un siècle plus tard, lors de l’abolition de la peine de mort. Victor Hugo pu ainsi aider à l’avancée des mentalités, et dénoncer un problème grave. Il ne fut pas le seul, presque tous les auteurs engagés ont, à un moment ou à un autre, utilisé l’ironie pour marquer les mentalités.

Cependant, il peut être utile de remarquer que l’humour peut aussi simplement être utilisé pour dédramatiser. La société et la vie ne sont pas parfaites, et donc il vaut mieux «en rire qu’en pleurer». Nous avons l’exemple parfait dans le film hollywoodien Whatever Works de Woody Allen. Le personnage principal, Boris, incarné par l’acteur Lary David, est misanthrope, il critique tout sur tout, n’aime personne et semble voué à une vie affreuse. Lorsqu’ il rencontre Mélodie, sa vie va changer, ainsi que celle de ses beaux parents. De façon humoristique, ils vont se découvrir des travers qui les libèrent. Bref, tout est bien qui fini bien. Le scénario est improbable et vraiment drôle, mais ce qui marque surtout c’est l’espoir qui ressort de ce film. Oui le personnage principal est misanthrope, et alors ? De cette manière, la catharsis, utilisée pour la tragédie, peut aussi, d’une certaine manière, être utilisée pour la comédie. On fait passer une émotion, une «horreur» par le rire. Après les attentats du 11 septembre aux États Unis, des blagues sur ce massacre ont vu le jour pratiquement le lendemain. Pour se remettre de ses émotions, les gens préfèrent rire. C’est une réaction naturelle, et, au final, bénéfique.

Le rire est donc essentiel à la société, autant pour se battre que pour survivre. C’est une arme efficace pour traiter de sujets délicats, mais peut être dangereuse, maniée n’importe comment. L’humoriste Pierre Desproges le résumait assez bien : «On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui».

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